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    Statut des baleines à bosse dans le Pacifique sud

    Autrefois les baleines à bosse étaient abondantes dans le Pacifique sud mais suite à l’exploitation commerciale de la première moitié du vingtième siècle leur nombre a été réduit à moins de 5% de leur effectif originel. Des dizaines de milliers d’entre elles ont été tuées dans les stations baleinières d’Australie et de Nouvelle-Zélande sur les routes de migration qu’elles empruntent entre l’Antarctique où elles se nourrissent et les zones tropicales où elles se reproduisent. Nombreuses également sont celles qui ont été chassées dans leur zone de nutrition dans l’océan austral ;  plus de 46 000 baleines à bosse ont été tuées illégalement par l’URSS après que cette espèce ait été protégée par la Commission Baleinière Internationale. En 1963, date de l'arrêt de la chasse commerciale pour cette espèce, il ne restait plus que 200 à 500 baleines à bosse dans la région. (Garrigue et al., 2002)
     

    Zone d'étude principale

    L'observation des baleines à bosse est réalisée chaque année pendant de 2 à 3 mois dans le sud de la Grande Terre. Les baleines sont repérées à l’aide de jumelles à partir d’un poste d’observation terrestre, le Cap N'doua. Le trajet et le comportement des animaux sont suivis à l’aide d’une longue vue. Les observations sont réalisées à la fois depuis la terre et en mer grace à un contact permanent relie le poste d’observation terrestre à l’équipe embarquée à bord du bateau.

    Autres zones d'étude

    Des observations ont été réalisées à Lifou dans le grand lagon nord, le lagon est, le lagon nord-ouest et le complexe récifal des Chesterfield.
     
    Pour chaque groupe rencontré les informations suivantes sont relevées  :
    • la date, 
    • la position, 
    • la durée de l’observation, 
    • le nombre d’animaux dans le groupe,
    • le comportement du groupe. 

    Chaque animal est individuellement identifié par photo-identification, le type de caudale, le type de flanc sont notés.

    Identification des individus

    La méthode dite de photo-identification est utilisée pour individualiser les animaux à partir de photographies de marques naturelles présentes sur leur corps. C'est ainsi que chaque baleine à bosse peut être identifiée individuellement d’après le motif présent sous sa nageoire caudale.
    Cette « empreinte caudale » est l'équivalent de notre empreinte digitale. Les caudales sont classées en cinq types.

     

    type 1

    type 2

    type 3

    type 4

    type 5

     
    Les baleines à bosse de l'hémisphère sud, et particulièrement celles du Pacifique sud-ouest, possèdent la particularité d'avoir des flancs qui peuvent présenter une pigmentation blanche. 
    Ces flancs, classés en quatre types, peuvent être utilisés pour reconnaître un animal. 

    Grâce à ce modèle de pigmentation unique, 359 baleines à bosse ont été individuellement identifiées en Nouvelle-Calédonie depuis 1993 (Garrigue et Greaves, 1999).
     

    Taille de la population

    En terme de biologie, l’identification d’un individu une année X est appelée « capture », sa « re-identification » une année X+1 « recapture »; ce type d’information est indispensable pour estimer la taille de la population de baleines qui fréquente le lagon. 
    En utilisant des photographies en guise de "capture" et de "recapture", la population a été estimée à 314 animaux. (Garrigue, Greaves et Chambellant, 2000).
    Le même type d'analyse a été réalisé à partir des informations génétiques. Une seconde estimation de la population a été calculée (Garrigue et al., 2002b, Garrigue et al., 2004).

    Étude des migrations


    HNC009, 1999
    La comparaison des photographies permet de reconnaître chaque animal, de retracer son histoire individuelle et de découvrir les échanges migratoires.

    HNC009, 1997
     C'est ainsi que Chenille, la baleine HNC009, a été observée pour la première fois en 1993. Elle a été revue en 1997 accompagnée d'un baleineau puis observée à nouveau en 1999 au sein d'un groupe reproducteur. En 2000 et en 2004 elle a été vue avec un baleineau.

    HNC009, 2000
    Au sein du groupe de recherche sur les cétacés du Pacifique sud les clichés provenant de différentes îles du Pacifique sud ont pu être comparés (Garrigue et al., 2000).
    Des échanges migratoires ont ainsi été mis en évidence entre la Nouvelle-Calédonie et Tonga, la cote est australienne, la Nouvelle-Zélande et la Polynésie Française. (Garrigue et al., 2002, Garrigue et al., 2001).

    Carlos Olavarria

    Comportement acoustique

    Dans leur zone de reproduction, les mâles adultes émettent des chants qui sont différents d’une population à l’autre. Leur analyse permet d’identifier l’appartenance du groupe d’animaux étudié à une population définie (Gill et al., 1995). Nous utilisons un hydrophone relié à un amplificateur  pour écouter ces chants et un magnétophone pour les enregistrer.
    La comparaison entre les chants enregistrés en Nouvelle-Calédonie, aux îles Tonga et sur la côte est de l’Australie a été réalisée (Helweg et al., 1998, Helweg et al., 2000).
    Une étude sur le comportement des chanteurs a montré qu'il existe des zones privilégiées pour les chanteurs et d'autres zones où aucune activité de chant n'a pu être détectée, comme les zones de forts courants (Dodemont et al., 2001).
     

     Analyse génétique de la population

     
    A partir de fragment de tissu, il est possible, par analyse génétique, d’extraire et d'étudier l’ADN des cellules. Pour cela, des biopsies, consistant à prélever un morceau de peau et de gras, sont réalisées. Une arbalète est utilisée pour projeter une flèche dont l’extrémité est munie d’un petit emporte-pièce. En percutant le dos de l’animal, elle prélève un morceau de tissu d'environ 1cm3 ce qui correspondrait chez l'homme à une rognure d'ongle. La flèche munie d’un flotteur est ensuite récupérée en surface. La peau est séparée du gras. Elle est conservée dans un tube contenant de l’éthanol. Le gras est enveloppé dans un morceau de papier aluminium et congelé.
    L'analyse génétique des échantillons actuellement en cours à l'Université d'Auckland (Laboratory of Evolution and Ecology) va permettre d'établir l’identité génétique des animaux, de connaître leurs liens "familiaux" et leur sexe. La comparaison d’échantillons provenant de différentes localités permettra d’établir une éventuelle parenté génétique entre les individus et de savoir s’ils sont issus d’un même stock (Rosenbaum et al., 1998). Elle permet également d'obtenir la carte d'identité génétique de chaque animal. Cette information utilisée comme une marque de "capture" ou de "recapture" permet de calculer la taille de la population (Garrigue et al., 2002b).

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